Lettre ouverte en mémoire à mon père - Un combat de tout temps

Publié le par plumecitoyenne

 

Jean-Luc, qu'est-ce que tu peux me faire plaisir comme tu l'as fait ce matin face à l'impotent médiatique qui t'a servi d'interlocuteur! Mais pas que...

 
J'ai tout de même un regret triste et profond, c'est que quelqu'un de ma famille, aussi truculent que tu puisses l'être, aussi vindicatif dans son expression que toi, n'ai pas eu le bonheur et la joie de participer à cet élan démocratique et populaire que tu incarnes, que nous incarnons.

 

Mon père...malheureusement décédé avant de pouvoir rire et s'énerver au diapason de tes humeurs, reflets de celles du Peuple français dans son ensemble.

 

Mon père était immigré, et détestait ce mot si péjoratif, né d'un parcours aux déchirements successifs loin de sa patrie d'origine mais aussi par l'image qu'on pouvait lui rejeter à la figure en France de par son sang. 

 


Comme tu le dis souvent, le peuple des lumières est féru de belles choses, de sa langue, de sa culture. Mon aïeul vivait dans les corons du temps où la France avait besoin de cette masse d'expatriés pour construire sa grandeur industrielle.

 

L'on connait les sacrifices qu'ont pu faire ces mineurs aux bénéfices de la majorité des français, où ils connaissaient si bien les mots: souffrances, maladies, faim et pauvreté. Mais le plus souvent d'autres mots rejaillissaient dans l'esprit de ces gens: solidarité, entraide, collectif de travail, combats, courage et biens communs. 

 

 

Cette vie offre une perspective autrement plus prégnante que n'importe quoi d'autre. C'est à partir de celle-ci que s'est construite sa vie. Dès lors, il s'est acharné à outrepasser sa condition de fils de pauvre, de rebut de la société France.

Et pour cela, il ne remercia jamais assez la République pour lui avoir donner le savoir, la soif de comprendre, le besoin irréversible de comprendre le monde. Ceci dans une langue qui n'était pas maternelle, mais qu'il défendait et aimait tant.

 

Imaginer l'amour des beaux textes, des auteurs du passé des poètes, de ceux qui nourrissent le cœur et l'esprit, chez un homme dont la condition n'aurait pu lui permettre de s'en approcher, est tout bonnement le "miracle" de notre école républicaine. 

 

 

De ces lectures, une chose est née: le besoin indéfectible d'améliorer les conditions de vie de la classe ouvrière. Mais aussi, de faire un pied de nez au système tout d'abord en devenant pour un temps instituteur, avant de se tourner vers la sécurité et la prévention des accidents du travail.

 

C'était un combat d'humanisation de la vie d'entreprise, d'amélioration des conditions de travail. Il est dès lors devenu ingénieur...ingénieur, qui connaissait pour l'avoir vécue, la force mais aussi la vie des ouvriers à cette époque, un point qui change tout par rapport au mépris que l'on peut voir aujourd'hui.

 

Intelligemment, il fallait supplanter la domination du patronat par le rapport de force en s'aidant de la raison, et éduquer le monde ouvrier et ses dirigeants au bien-être dans le travail. Ce fut un travail fastidieux et de longue haleine. Et politique... 
 

 

Ainsi, il disait qu'il était le produit de cette France qui croit en l’Égalité, en la possibilité de surpasser sa condition, de cette France qui met le savoir et la connaissance du monde au service d'autrui et de la collectivité. Ces principes, c'est bien l'école républicaine qui lui en a donné les clés, les armes et les outils. Mais cette France s'est aussi dégradée sous ses yeux atterrés.



Il a vu ce petit personnage infect et vicieux se pavaner sous son regard pour devenir ce monarque que la France a tant adulé au début. Quel dégoût se fût...

 

 

La politique, pour mon père, devait être la réponse à presque tout mais jamais il n'aurait imaginé qu'elle pouvait engendrer de telles ignominies. Il a vu son humanisme mis au placard par des valeurs supposées comme le cynisme, le profit à court terme, l'individualisme, le consumérisme et la haine de l'autre.


Une incompréhensible horreur lui prenait les tripes, sans pouvoir faire entendre raison aux gens épris d'une telle vilénie, dans cette France qu'il idéalisait à tort ou à raison, mais qui pour lui, ne pourrait vivre ce temps au delà du possible. 
 

 

Donc, mon cher Jean-Luc, je n'ose imaginer avec quelles fierté et joie, il t'aurait accompagné dans ce combat que tu as fait nôtre.

Cette cause humaniste que tu défends si bien. Il aurait ressenti une fierté sans nom à la vue de cette masse gens s'accaparant ce message qu'une autre vie était possible, qu'un autre chemin était à prendre. 
 

Et pour cela, je t'en remercie pour lui, modestement mon camarade. 

 

 

Le combat ne fait que commencer dans cette révolution qui devra être permanente et citoyenne.

Amicalement, 

 

Jordan

 

 

 


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Pour Jordan, cette photo symbolise l'implication en première ligne des mineurs de fond dans les combats pour plus de justice sociale.

 

Respect Jordan, ton père peut être fier de son fils. Ses valeurs sont ici bien gardées. ENSEMBLE mes amis et Révolution Citoyenne !!!

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